mercredi 27 septembre 2017

Deux livres qui me portent


Je voudrais vous parler de deux petits livres qui me portent et en recommander la lecture. Le premier est du Père D'Elbée, et s'intitule "Croire à l'amour" (aux Editions Pierre Téqui). Ce livre nous parle de l'amour de Dieu, d'un Dieu qui ne veut pour nous que le bonheur et qui fait tout pour nous conduire à la vie éternelle en Paradis. C'est à l'école de sainte Thérèse de Lisieux, la grande messagère de l'Amour miséricordieux, qui a redécouvert le coeur même de l'Evangile, que s'est mis l'auteur. Face à cet amour inconditionnel, une seule attitude possible: une confiance folle et un abandon total. Ce livre pourra aider tout particulièrement les âmes qui veulent une vie spirituelle authentique, et en particulier celles qui ont de grandes difficultés à vivre dans la paix intérieure, à cause du découragement de l'angoisse ou du scupule.

Le second livre, ce sont les Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte Vierge, de saint Alphonse-Marie de Liguori. Une des dernières éditions a été faite par les éditions Saint-Paul. Il y a une visite pour chaque jour du mois. Ces visites nous mettent en contact avec l'amour brûlant du Coeur de Jésus, présent jour et nuit dans le sacrement de l'autel. Quand à Marie, elle nous apparaît comme la Mère de miséricorde et le canal des grâces. Notre confiance en elle doit être elle aussi totale. Un enfant de Marie ne périra pas.

samedi 23 septembre 2017

Les ouvriers de la onzième heure, homélie

Lambert Jacobsz, mort en 1637
La parabole que nous venons d'entendre est une parabole plutôt déroutante, car le Seigneur nous semble ne pas être juste selon nos catégories humaines habituelles. Si un ouvrier travaille pour moi deux heures et un autre seulement une heure, je paierai le premier deux fois plus que le second.
Il est évident que cette parabole n'est pas à prendre au pied de la lettre et cela nous invite à en rechercher le sens spirituel.
Les différentes heures du jour dont on nous parle représentent les âges de la vie ou les différentes périodes de l'histoire religieuse de l'humanité. Certains sont chrétiens et servent Dieu depuis leur plus tendre enfance. D'autres se convertissent dans leur jeunesse, ou leur âge mûr ou enfin sur le tard. Certains même ne se convertissent qu'au moment de la mort. Tous recevront la même récompense. Le denier que le maître de la vigne paie à tous ceux qui ont travaillé pour lui symbolise la récompense éternelle du paradis, accordée à tous ceux qui meurent en état de grâce, quel que soit le moment où ils se sont convertis. Le paradis est un don de la miséricorde divine. Personne de toute manière n'y a droit et Dieu n'est pas injuste en traitant tous les sauvés avec une identique miséricorde. Mais la justice de Dieu sera quand même satisfaite. Car Dieu donnera un degré de bonheur éternel en proportion de nos mérites. Prenons une comparaison. Si on demande à des gens de venir avec un verre, pour qu'on le remplisse d'eau fraîche, ceux qui viennent avec de grands verres recevront plus d'eau que ceux qui viennent avec des verres de moindre contenance. Il en sera de même, quand nous entrerons dans la vie éternelle et que le Seigneur nous dira : Entre dans la joie de ton maître. Selon la grandeur de notre cœur, ou de notre capacité d'amour, nous recevrons une vie et une joie plus ou moins grandes. Voici ce que disait à ce sujet le curé d'Ars : Il faut bien savoir et se persuader que Dieu n'opère dans nos âmes que selon le degré de nos opérations, de nos désirs, de nos actes intérieurs produits à cette fin. Un vase prend de l'eau à une fontaine selon sa capacité.

mardi 19 septembre 2017

Motu proprio sur les traductions du missel

Le motu proprio paru la semaine passée relance le débat des traductions du missel romain. On peut être inquiet quant à la suite. Il y a dans les documents romains sur ce thème deux logiques qui s'affrontent: celle de la fidélité à l'original latin et celle des variétés légitimes, selon les langues et les cultures particulières. Il y a des évêques qui vont dans un sens et d'autres dans l'autre. Une chose dès lors est possible et souhaitable. C'est que l'on puisse avoir la même chose que ce que l'on a eu pour le rituel des sacrements ou des funérailles: un choix laissé au prêtre entre plusieurs formules ou oraisons, l'une d'elles étant l'oraison ou la formule romaines. Dans le contexte actuel, ce serait ainsi le moindre mal et cela pourrait satisfaire les commuautés monastiques, soucieuses d'une liturgie traditionnelle, dans la forme ordinaire. On laisse bien le choix au célébrant entre le canon romain et les nouvelles prières eucharistiques. Que l'Esprit Saint éclaire et guide nos évêques!

lundi 18 septembre 2017

Homélie lors d'une messe pour la paix

Le samedi 12 août 2017, j'ai célébré une messe pour la paix, à l'abbaye cistercienne de Castagniers (Alpes maritimes). Voici l'homélie:

Nous sommes en 2017, année du centenaire des apparitions de Fatima, au cours desquelles Notre-Dame a fait cette promesse qu'après les épreuves que nous sommes en train de traverser, un temps de paix serait donné au monde. Notre-Dame nous a demandé de prier le rosaire pour la paix du monde et pour la conversion des pécheurs. Les deux sont liés. La paix n'existe pas dans le monde parce qu'elle n'existe pas dans les coeurs, comme le disait le pape Benoît XV à l'issue de la première guerre mondiale. L'ange avait appris aux trois pastoureaux de Fatima cette petite prière: Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, n'adorent pas , n'espèrent pas et ne vous aiment pas. 

La liturgie et les migrants, article

La liturgie et les migrants

Considérations chrétiennes sur le devoir d'hospitalité

La question des migrants est à l'ordre du jour et suscite des débats passionnés. Sur ce sujet comme sur d'autres, l’Église tient les deux bouts de la corde : accueil de l'étranger et nécessité aussi de sauvegarder le bien commun du pays qui accueille.
L’Évangile nous demande d'accueillir l'étranger, le voyageur, le pèlerin, et d'une manière générale toute personne en difficulté et qui a besoin de notre aide. Notre maison doit être ouverte à toute détresse. Notre devoir vis-à-vis des migrants qui viennent chercher refuge chez nous doit être une attitude de sympathie, d'estime, d'ouverture.
Toutefois, si l'hospitalité est sacrée, et l'orient là-dessus nous donne souvent un témoignage émouvant (car on sait se mettre là-bas dans la gêne pour accueillir à l'improviste qui que ce soit), il existe aussi ce que les orientaux appellent l'abus de l'hospitalité. Lorsque la personne accueillie ne respecte pas certaines règles, alors on a le droit, voire le devoir, de la mettre dehors. La bonté ne doit pas se transformer en bêtise.

dimanche 17 septembre 2017

Conférence de l'abbé de Fontgombault fin

Les gestes

Alors que l’on vient de souligner l’aspect contemplatif de la forme extraordinaire, il peut sembler paradoxal de s’arrêter maintenant à la place du corps, sollicité par tant de gestes : génuflexions, inclinations, signes de Croix. La liturgie est une action !

Remarquons que la journée monastique associe elle aussi largement le corps à la prière, dans une liturgie qui s’étend du matin au soir.

Le monde, pourtant si actif, s’est accommodé d’une dépréciation du geste accentuée par les moyens modernes de communication. De façon paradoxale, l’homme moderne bouge, s’active davantage, mais pose moins de gestes. La réforme liturgique avait comme anticipé ce phénomène de société. À l’inverse, comment ne pas remarquer l’importance que le Seigneur accorde aux gestes tant dans ses miracles que dans ses rapports aux autres (« Qui m’a touché ? » dit-il à l’adresse de la femme atteinte d’un flux de sang (Lc 8,45)) La foi du prêtre, celle des fidèles, gagnent à la présence des signes sensibles, accomplis en vérité, pour être stimulée, attentive, présente. (cf St Thomas d’Aquin, Summa Theologica, IIIa Q.85, a.3).

Conférence de l'abbé de Fontgombault suite 2

Office de la proscomédie dans le rite byzantin
 Redites et sobriété

En second lieu, remarquons que le missel de 1962, comme les autres rites antérieurs à la réforme liturgique, n’a pas peur des redites, des doublets, des insistances. Il prend son temps, parce que l’homme a besoin de temps, sollicitant sans relâche un esprit vagabond pour le ramener à l’essentiel.

L’Évangile nous apprend que la Vierge Marie méditait, gardait fidèlement en son cœur (cf. Lc 2,19;51) les événements qui marquèrent la naissance de son Fils. Il doit en être de même du contemplatif, du moine : non multa sed multum, non pas la quantité, mais la qualité.

Amie de la tradition monastique, Hélène Lubienska de Lenval (1895-1972) prônait une pédagogie fondée essentiellement sur le silence et les rites. Elle écrivait :

 » La liturgie est lente : elle aime la minutie, les redites et les préparatifs interminables. Elle tient son rythme de la pédagogie divine qui a modelé le peuple élu au moyen d’un rituel lent et minutieux. Lorsque, sous la pression de la vie moderne (frénétique parce que inféodée à la matière), elle se hâte, elle perd son efficacité psychologique et devient formelle… Elle reste opérante là où elle garde son rythme propre, chez les moines. La liturgie combat ensemble la lourdeur des muscles et l’impatience des nerfs ; elle impose en même temps le mouvement et la lenteur. Et c’est par la lenteur que la liturgie domine le temps. Parce que temps et matière sont corrélatifs et que l’on ne peut vaincre l’un sans l’autre. L’homme moderne va en sens inverse et tâche de déjouer le temps au moyen de la vitesse. Hélas ! loin de maîtriser la matière, il s’y enlise. »

Ajoutons une réflexion à propos du lectionnaire du missel de 1962 jugé pauvre. L’enrichissement abondant de la lecture de la Sainte Écriture issu de la réforme liturgique, la longueur de certaines péricopes, ne nuiraient-ils pas à la contemplation ? Certes, les laïcs qui ont de moins en moins de temps à consacrer à la lectio divina, peut-être même les prêtres séculiers, écrasés par le ministère, en tirent profit. Pour les moines, l’abondance et la variété des lectures, goûtées par certains et sûrement non sans valeur, apparaissent plutôt généralement comme excessives. Ce parti pris sacrifie la répétition de péricopes relues, ruminées, connues par cœur, jamais épuisées. La multiplication des Préfaces pourrait susciter la même réflexion. Le cardinal Ratzinger a évoqué sagement « quelques nouvelles préfaces… un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop – » qui pourraient être adoptées dans la forme extraordinaire : non multa sed multum. La sobriété invite à la contemplation.

Mon commentaire: Dans les rites orientaux qui ignorent le silence, à la différence du rite latin, c'est la répétition des formules qui favorisent l'intériorisation et le recueillement. Quand on répète de nombreuses fois la même chose, l'âme fint par être habitée par la prière. Chez nous le silence existe pour intérioriser une prière qui est plutôt marquée par la discrétion et la sobriété.

L’offertoire

Parmi les richesses du missel de 1962, beaucoup soulignent la profondeur des prières de l’offertoire : « Il est, affirme le cardinal Robert Sarah, ce moment où, comme son nom l’indique, tout le peuple chrétien s’offre, non pas à côté du Christ, mais en lui, par son sacrifice qui sera réalisé à la consécration » (ibid p. 210).

Suscipe sancte Pater…quam ego indignus famulus tuus… In spiritu humilitatis et animo contrito… Grandeur du mystère, du sacré, et humble condition du serviteur dont le Seigneur veut avoir besoin, se côtoient. Il en sera ainsi jusqu’au Placeat final : sacrificium quod oculis tuae majestatis indignus obtuli.

Mon commentaire: L'offertoire est un point faible de la liturgie actuelle. Le caractère sacrificiel de la messe est moins mis en valeur. Pourquoi ne pas introduire les formules de l'offertoire traditionnel dans la forme ordinaire? Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, le caractère sacrificiel est particulièrement mis en valeur, notamment dans le rite de la proscomédie, que le prêtre célèbre sur un autel latéral, avant la liturgie publique, et qui est un véritable offertoire, avec des prières émouvantes, qui évoquent la passion du Seigneur. De même, de nombreuses prières dites par le prêtre dans le cours de la célébration insistent sur cet aspect.
                                                                                                         à suivre